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Le cheval arabe dans le monde

Aussi étrange que cela puisse paraître, il a fallu attendre ces dernières années pour que les régions d'origine du pur-sang arabe s'intéressent à nouveau à son élevage. La Syrie, l'Arabie Saoudite, la Jordanie et les Emirats font naître moins de pur-sang arabes que la Suède. Mais le patrimoine génétique de ces pays semble sauvé et l'intérêt renaît, comme le confirment les derniers achats effectués par les émirs en Tunisie, en France et ailleurs. Seule l'Egypte avait su dès le début du siècle organiser la sauvegarde de son héritage hippique, dont le conservatoire est le haras national d'El Zahra. Voyons maintenant ce qu'il en est pour le reste du Monde...

Fortifié par le désert, modelé par son histoire, le cheval arabe devint un géniteur de premier ordre, améliorant les races indigènes partout où il suivit son avide cavalier. Durant mille ans, son sang s'est diffusé en Europe à partir de l'Espagne colonisée et des Balkans où il parvint avec les armées ottomanes. Depuis le XVIIème, des pays européens l'importèrent, surtout pour le croiser puis, face à la difficulté de se le procurer, ils l'élevèrent. Mais le cheval arabe ne se contenta pas de conquérir l'Europe puisqu'il franchit les océans pour gagner l'Amérique et même l'Australie.
 


 

La France
Avec Carle Vernet le cheval arabe fait irruption dans l'art et Bonaparte, en l'adoptant comme monture depuis son "aventure égyptienne", donna le ton. Celui-ci fut inclus dans le stud-book, dès sa création en 1833. Les premières grandes souches françaises proviennent surtout de chevaux importés de Syrie et ont été modelées entre le milieu du XIXème et le début du XXème siècle. Très vite, la sélection s'opéra surtout sur la course, ce qui donna à l'arabe français une qualité indéniable. Après avoir été géniteur de l'anglo-arabe, l'arabe de race pure revint à la mode dans les années 80. Un nombre important de naissances, 662 en 1991 et 780 en 1992, place la France au 3ème rang européen des producteurs de chevaux arabes.

La Grande-Bretagne
L'élevage du pur-sang anglais occulta longtemps celui du cheval arabe dont il était pourtant en partie issu. Malgré cela, le Crabbet Arabian Stud fut, sous l'influence de Lady Anne Blunt et de sa fille, Lady Judith Wennvorth, le conservatoire du pur-sang arabe anglais, depuis sa fondation à la fin du XIXème siècle. L'on parle même d'un "Crabbet type". Depuis 1925, l 'Arab Horse Society remplace le General Stud-Book pour la tenue des livres généalogiques. Aujourd'hui, la Grande-Bretagne, avec près de 1'000 naissances par an, se place au 2ème rang européen.

L'Allemagne
L'Allemagne se place en tête du classement européen dans la production du cheval arabe avec plus de 1'100 naissances annuelles. C'est incontestablement au rôle joué par le haras de Marcbach, qui succéda au haras de Weil, que l'Allemagne doit son rang. Le Haras de Marcbach, le plus ancien centre d'élevage d'Allemagne existant (créé dans les années 1'500) accueillit, entre 1814 et 1818, des étalons et juments arabes que Guillaume 1er avait fait venir d'Orient.

La Suède
L'élevage du cheval arabe en Suède connut un tel engouement durant les trente dernières années que le pays arrive à se placer aujourd'hui au 4ème rang européen pour le nombre de ses naissances.

L'Italie
L'implantation du pur-sang arabe en Italie est très ancienne sans qu'il soit possible de donner de date. Dès la création du Jockey-Club, les pur-sang arabes ont été répertoriés en annexe des livres généalogiques puis incorporés dans le livre généalogique du "Cheval italien" de l'ENCI qui possède une section pur-sang arabe.

Avec la création en 1979 de l' Association du Cheval Arabe, l'élevage, avec 350 naissances, est en expansion. Les courses d'arabes de création récente connaissent un succès réjouissant.

L'Espagne
Il existe en Espagne une souche originale d'arabes, dont le modèle est particulièrement marqué par un squelette solide. Son élevage remonte à environ 170 ans à partir de reproducteurs venus du Moyen-Orient, d'Angleterre et de France. Le nombre de naissances est pourtant faible, moins de 250. Ceci est sans doute dû à la longue fermeture des frontières en raison de la peste équine.

La Hongrie
Adepte du sang oriental, la Hongrie a concentré son élevage au haras de Babolda, second en ancienneté des Haras Nationaux hongrois puisqu'il fut crée comme annexe de celui de Mesöhegyes en 1789, avant de devenir indépendant en 1807. A la fin du XIXème, sous l'égide de Fadlala el fiedad, directeur du Itaras, venu en Hongrie à 14 ans pour accompagner des chevaux d'Arabie, des achats furent effectués en Orient pour améliorer les souches existantes. Ce souci d'amélioration fut toujours en vigueur à Babolda qui possède des lignées anciennes tout à fait exceptionnelles bien que son type de cheval soit très caractéristique.

La Pologne
C'est le haras de Janov Podlaski qui maintient la tradition polonaise en matière d'élevage du cheval arabe, tradition découlant d'arrivées importantes de chevaux orientaux pris en butin aux Ottomans, puis de la passion de la noblesse pour ces chevaux qu'elle allait régulièrement chercher au Moyen-Orient. Créé en 1817, le haras de Janov Podlaski assembla de vieilles souches polonaises avec des reproducteurs venus de Babolna, de Weil, de Crabbet Park, de France et bien sûr du Moyen-Orient. Grâce à une sélection rigoureuse, la Pologne a placé son élevage dans une position enviable, exportant ses chevaux un peu partout mais surtout aux USA.

La Russie
Les tsars et les princes russes ont longtemps réservé une place de choix dans leurs écuries aux chevaux arabes. Le comte Orlov importa des chevaux arabes de grande classe dont Smetanka, petit fils de Bars, fondateur de la race des trotteurs Orlov. Les chevaux de pur-sang arabes sont élevés en Russie depuis le début du XIXème. Depuis 1930, le haras de Tersk, sis dans les contreforts du Caucase, se spécialisa dans l'élevage de chevaux arabes. Un important travail de sélection y est fait. Les chevaux du haras de Tersk ont la particularité d'être un peu plus grands que les arabes élevés ailleurs.

Les Etats-Unis
Dés le XIXème siècle, les Etats-Unis s'intéressèrent au cheval arabe et l'importèrent d'Angleterre, de Pologne et des pays arabes. Aujourd'hui, ils sont les plus grands producteurs mondiaux avec plus de 12'000 naissances annuelles. Les haras de Floride, de l'Ohio, de l'état de Washington et d'ailleurs, mettent à sa disposition leurs immenses herbages et il est au centre d'un commerce où valsent les dollars. L' écurie Lasma, mise en faillite il y a quelques années, a possédé jusqu'à 1'750 chevaux arabes. Les chevaux arabes sont régulièrement les acteurs de shows grandioses qui ont poussé les américains à s'approprier à coup de billets verts les plus beaux sujets, notamment de Pologne. Aujourd'hui, le marché américain a tendance à devenir raisonnable, au grand désarroi des éleveurs et des pays vendeurs.

Le Brésil, 2ème producteur mondial précède l'Australie, qui a surtout importé des souches anglaises. Au Canada, où naissent chaque année environ 850 produits, le cheval arabe est souvent employé dans le travail du bétail, comme au Brésil et parfois même aux USA.

Le cheval arabe en Afrique du Nord
Dans tout le Maghreb et là où le chameau n'est pas maître unique des sables, le cheval a bâti auprès de l'homme un long chemin fait de traditions, de croyances et de mythes. Le cheval fut déjà le principal allié des Numides pour lutter contre la puissance de Rome. Allié encore aux guerriers de l'Islam, il parvint jusqu'aux rives de l'océan Atlantique puis participa activement à l'épopée des berbères de l'Adrar. Cela le conduisit, après la fondation de Marrakech, jusqu'en Espagne où il doit affronter le Cid que Corneille rendit immortel. Abd el-Moumin en selle sa jument Rihhana (Rapide comme le vent) imposa la domination d'autres Berbères, marocains cette fois, aux peuples du Mahgreb. Il attribuera cette accession au pouvoir à ses chevaux si rapides qu'ils « laissent le zéphir en arrière ».

Sans nous arrêter, nous parviendrons à la fin du XIXème siècle où l'élevage du pur-sang arabe se développa dans les haras de Sidi Tabet (Tunisie), l'iaret (Algérie) et Meknès (Maroc). La Tunisie est de loin l'élevage le plus florissant mais d'excellentes souches ( souche de Salam entre autres) se trouvent aussi au Maroc où le Roi redora le blason du pur-sang arabe, il y a quelques années. Quant à l'Algérie, de vieilles origines franco-algériennes subsistent malgré une politique peu favorable au développement du cheval.

La Tunisie; au pays du soleil, le cheval est roi
Colonisée par les Phéniciens, contrôlée par Carthage, annexée par les Romains, ruinée par les Vandales, dominée par les Arabes, conquise par les Turcs, occupée par les Français, indépendante en 1956, la Tunisie est imprégnée par sa longue histoire. Pays de soleil, baigné par des eaux bleu turquoise, montagneux dans sa partie septentrionale en contraste avec les plaines du centre et le sud désertique, domaine des bédouins nomades, la Tunisie est naturellement un pays où se cultive une grande tradition équestre. Le cheval arabe y occupe une place de choix alors que les courses connaissent un grand succès populaire. L'hippodrome de Tunis est l'un des plus beaux champs de courses d'Afrique du Nord. Quant à l'élevage, organisé sous l'égide de la Fondation Nationale d'Amélioration de la Race Chevaline ( FNARC ), il se place dans une position appréciable. Il se caractérise pas l'existence de souches possédant de très grandes qualités rappelant les souches d'origine de la race. Une des principales régions d'élevage du pur-sang arabe est la région de Meknassy où l'on rencontre de petits éleveurs possédant trois ou quatre poulinières. Le pur-sang élevé dans cette région constitue un courant de sang relativement homogène et pur, représentant l'ancien type du cheval arabe du désert qui est d'ailleurs très apprécié. Soumis à une sélection spécifique, cet élevage pourrait constituer un noyau représentant le véritable patrimoine génétique national. C'est dans cette perspective qu'a été construit le haras de Meknassy.

Le cheval arabe en Suisse
En Suisse, toutes les souches sont représentées : Egypte, Espagne, Allemagne, USA, Angleterre... L'élevage s'est développé depuis le début des années septante, années où il n'y avait dans le pays que 11 chevaux arabes déclarés à l' Association Suisse du Cheval Arabe, fondée à cette époque. Il y en a 1'500 aujourd'hui et près de 300 naissances annuelles sont actuellement enregistrées. En Suisse, les chevaux arabes sont très engagés dans le sport, ce qui fait de la Confédération un cas presque unique en Europe. En effet, les chevaux arabes sont présents dans les concours hippiques, sur les carrés de dressage dans les militaries, depuis 1993 dans les courses, mais surtout en endurance. En matière d'élevage, les étalons arabes ont été à nouveau autorisés à couvrir des juments d'autres races.

De la Chine à l'Atlantique
Forts d'une cavalerie composée de chevaux endurants et rapides, et sachant l'utiliser avec une tactique qui avait fait ses preuves, celle des cavaliers des steppes, les musulmans purent s'engager dans la conquête du Monde. Ils vaincront les Perses à Kharizma puis à Qadisva, se feront céder par les Byzantins la Syrie, la Palestine et l'Egypte, d'où ils partiront jusqu'à l'Océan Atlantique.

Au VIII ème siècle, l'Islam était présent des portes de la Chine jusqu'à l'Espagne. Mais jamais Qotaïba et Mouça ibn Noçaïr ne l'auraient-ils porté dans des contrées aussi distantes sans l'appui des fameux chevaux d'Allah?

L'aventure s'arrêta en 732, lorsque Charles, que l'on appellera Martel, absorba le choc de la cavalerie musulmane près de Poitiers en un lieu que les arabes appelleront Balat ach Chohada, la chaussèe des martyrs. Essentiellement composée de cavaliers mauresques mais surchargée de butin, l'armée musulmane manqua de mobilité face à la solide infanterie franque. Cette défaite arabe rétablit l'équilibre géopolitique du monde. Au galop des chevaux arabes, l'Islam avait unifié toutes les rives de la Méditerranée et une partie de l'Orient. La bataille de Poitiers désignera un autre unificateur, Charlemagne, le petit-fils de Charles Martel. Bien que disloqué, le monde islamique n'en connaît pas moins une période de splendeur. Le califat abbasside mis en place en Orient, verra avec son plus illustre représentant, Haroun al-Rachid, une des phases les plus fastes pour le cheval arabe avec notamment l'oeuvre littéraire ( 50 livres ) de l' hippologue Abu Obeida. Mais l'ouragan turc se fit bientôt entendre alors qu'en Afrique du Nord sonnait l'heure berbère. Loin de là, Charlemagne commençait à s'intéresser aux chevaux de type oriental et le temps des croisades approchait. Avec elles, trois familles de chevaux convergèrent et se mêlèrent sur les rives méditerranéennes : l'arabe, la turque (chevaux de type mongolique) et l'occidentale.

Au Moyen-Âge d'ailleurs, les arabes distinguaient plusieurs types de chevaux: le «kochlani», le noble pur-sang et le "kadischi" issu de croisements moins nobles, le "hedjin", cheval mélangé et le "mukhrif", cheval dont la mère est arabe et le père étranger. Toujours est-il, qu'avec tous ces événements, il est cette fois bien certain que le cheval arabe ne put rester exempt de mélanges. Enfin, nous ne saurions oublier de citer ces miliciens turcs et circassiens, cavaliers émérites qui firent aussi la gloire du cheval arabe: les mamelouks. Leurs chevaux les emmenèrent d'un sultanat en Egypte, qui dura 200 ans, aux armées napoléoniennes...

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