Mahomet, qui bouleversa l'Arabie, eut longtemps de la peine à disposer d'un nombre suffisant de chevaux, l'élevage étant très limité dans ces territoires arides. Aussi, pour encourager la production de chevaux, le Prophète fit la part belle aux cavaliers en leur offrant trois parts du butin contre une aux fantassins. Il organisa aussi des courses à Médine, dont les distances étaient de 7 milles (1 mille = 1 km ) pour les chevaux entraînés et de 1 mille pour les autres. Les gagnants étaient jugés aptes à la reproduction. Ces courses, dont les arabes ont longtemps conservé la coutume, ont été évoquées d'une façon admirable par le poète: "les chevaux lancés dans l'arène se dispersent aussitôt comme des perles qui tombent d'un collier..." Ce qui est sûr en tout cas, c'est qu'il faudra attendre longtemps pour trouver un chef militaire comme Mahommet qui se soit tant intéressé à la sélection et à l'élevage du cheval.
Avec le ralliement à la cause islamique des grandes tribus bédouines, les Mozaina, les Ghifar, les lljohaina, les Suleym, les Gathafan et les Ilawazin, le prophète disposait d'une cavalerie de valeur. Il sut d'ailleurs valoriser cet outil.
Le Prophète, qui insistait sur la nécessité de conserver la pureté de la race au risque d'une forte consanguinité, doubla les parts de butin pour les cavaliers montant des chevaux de race pure. Des attestations de saillie, sous la foi du serment, étaient prises en compte et de véritables lignées se structurèrent, avec tout l'intérêt que les arabes portaient à la généalogie. Dans son désir d'encourager l'élevage et de sélectionner les meilleurs chevaux au sein de la race arabe, le Prophète s'attacha non seulement à faire valoir les aptitudes physiques mais aussi les qualités psychiques, notamment l'aisance à accepter la soumission à l'homme, indispensable pour le combat. La légende des cinq juments de Mahomet découla de ce souci d'avoir des chevaux d'un caractère irréprochable. On raconte, en effet, que le Prophète fit lâcher les chevaux assoiffés de son armée prés d'un cours d'eau puis, avant qu'ils puissent boire, il les fit rappeler. Seules cinq juments obéirent. Elles s'appelaient Obajah, Koheilah, Saqlahouiah, Hamdanivah et Ilabdah et formèrent les bases de la généalogie du pur-sang arabe. Mais la légende étant toujours mêlée à l'histoire dans ce coin du monde, l'incertitude sur l'existence de ces juments poussa les spécialistes à ne distinguer que les Arab, chevaux purs, les Atiq, presque purs et les Hejin, chevaux au sang mêlé.
Mahomet avait su faire converger toutes les potentialités de son peuple vers un but principal : le Djiad, la guerre Sainte.
Mais la mort du Prophète ébranla une unité très superficielle et les Bédouins retournèrent à leurs idoles. Le sable du désert fut à nouveau rougi de sang. Abou Berk brisa les révoltes tribales et Omar lança ses cavaliers turbulents dans les premières conquêtes de la Guerre Sainte , préconisée par le Prophète. Les chevaux y jouèrent un rôle prépondérant, passant de la légende à l'histoire.
