Le cheval arabe est au centre d'une oeuvre littéraire extraordinaire. Nous citerons quelques ouvrages d'importance, tant par leur aspect scientifique pour l'époque que par leurs cotés ethnographique, culturel et artistique exceptionnels.
De la poésie à la science
Une nuit d'été, dans une caverne des environs de la Mecque, Mahomet fut saisi à la gorge par l'ange Gabriel qui lui ordonna de "Lire". Cela sacralisa la langue arabe qui s'imposa à une immense communauté. Le Coran, qui en est la base supra temporelle, est un monument littéraire et artistique d'une étonnante richesse poétique où l'imagerie s'allie au réalisme. Son contenu fut très largement commenté et interprété puis on y annexa des recueils des paroles du Prophète (Hadîth). Ceux-ci donnèrent au cheval un éclat particulier tout en ouvrant la voie à une importante littérature à tel point qu'un libraire de Bagdad publia au Xème siècle, un catalogue comprenant un nombre invraisemblable d' ouvrages sur le cheval et l'équitation.
Les poètes bédouins se plaisaient à décrire les qualités de leurs chevaux, lors des razzias ou des chasses à la gazelle, dans une prose très lyrique. Certains traités d'hippologie échappèrent à tout excès de poésie, leur donnant une valeur documentaire inappréciable alors que d'autres furent de véritables recueils de contes, associant l'hippologie au lyrisme de la légende.
L'un des plus remarquables ouvrages sur les chevaux est, sans conteste, le livre de l'Art vétérinaire (Kitâb al-Batara) d'Ahmed ibn al-IIôsein ibn al-Ahnaf, dont un exemplaire se trouve au Musée du Topkapi à Istanbul et l'autre au Musée du Caire. Cet ouvrage aurait été réalisé à Bagdad dans les années 1'200. Le texte est révélateur de la passion et des connaissances du cheval dont les arabes pouvaient se vanter. L'illustration admirable du livre reflète l'atmosphère d'un monde où le noble animal centralise toutes les attentions.
Un autre ouvrage extraordinaire, plus connu, ayant été traduit d'une manière plus ou moins discutable par le français Perron, mérite notre admiration pour l'ampleur des connaissances qui y sont révélées. Il s'agit d'un traité écrit dans sa première version par l'écuyer-vétérinaire du sultan d'Egypte El Mehk El Nacer. Perron lui donna le titre de Naceri, le Livre de Macer. Ce traité accumule toute la science du cheval dont les arabes faisaient preuve. Abou Berk, l'auteur de Vacéri, donne par exemple une description des nombreuses robes comme jamais cela n'avait été traité. Cette étude des robes a profondément imprégné la tenace légende qui lie la couleur de la robe à certains défauts ou qualités. Souvenons-nous de la fameuse maxime: "balzane un..."
Dans la littérature ancienne, nous retiendrons deux ouvrages, l'un dérivant d'un livre intitulé "L'ornement des âmes et la devise des habitants de l'Andalousie" composé à la demande du sultan Mohamed VI. Il s'agit de «La Parure des Cavaliers et l'Insigne des Preux». Le livre de Mercier, paru à Paris en 1924 à la librairie orientaliste, est précédé d'une étude sur les sources des hippiatres arabes et sur l'histoire et l'utilisation du cheval en Orient et au Maghreb.
L'autre titre qui nous intéresse s'intitule "Les Chevaux du Sahara". Au travers de sa correspondance avec l'émir Abd El Kader (1807-1883) largement inspirée du Xacéri, le Général Daumas, ancien consul auprès de l'Emir, évoque le cheval dans la tradition des Bédouins. Avec beaucoup de poésie, l'homme de guerre algérien répond aux questions que lui pose l'officier français.
